Très souvent, nos parcours professionnels n’ont rien d’une ligne droite tracée à l’avance. Notre designer du mois, Georg alias ColtClothing de Karlsruhe en Allemagne, en a aussi fait l’expérience. À l’origine, il avait créé son label afin de donner vie à ses idées artistiques tout en travaillant à côté. Il n’aurait jamais imaginé avoir tant de succès. En interview, ColtClothing nous retrace son parcours.
Merci Georg de prendre le temps de répondre à nos questions. A première vue, les designs de la boutique ColtClothing ne sont pas mignons, mais ont plutôt un côté rural, rude et sauvage. D’où te vient ton inspiration ?
Je suis né dans les années 90 à l’époque du grunge, de Nirvana et aussi du début du skate en Allemagne. À 9 ans, j’ai commencé le skate et n’ai pas arrêté depuis. C’est dans cette mouvance que j’ai baigné. Plus tard à côté de mes études de sport, j’ai travaillé comme coursier à vélo. D’une certaine manière, tout était chez moi plus rude, naturel et physique. Mais j’ai aussi un penchant pour le kitsch que je caractériserais par trash. Mais, certains de mes designs ont un côté mignon ou c’est peut-être juste une question d’interprétation.
Beaucoup de tes designs pourraient servir de tatouage et d’autres représentent des personnages tatoués. D’où vient cette affinité ?
C’est le fait que les tatouages justement sont des histoires racontées sur une personne et qui elle-même a une histoire propre. Souvent les tatouages retracent les moments marquants de la vie d’une personne. Grâce à cette méthode, qui fonctionne comme un gros titre ou le titre d’une image, on met à nu l’intention cachée derrière le design.
Vis-tu de tes designs ou bien as-tu un « vrai » job ? Et au fait, qu’est-ce qui t’a mené vers Spreadshirt ?
Mes amis ont toujours dit que j’allais être un artiste. Malheureusement, mes cartons à dessins tout râpés ne m’ont jamais permis d’entrer dans une école d’arts. J’ai toujours été refusé. Cela m’a fait douter de moi et j’ai donc arrêté de tenter ma chance sur le plan professionnel. J’ai suivi des études pour devenir prof de sport. Et pendant mes études, le dessin me manquait tellement, que je devais noircir les feuilles blanches de mes dessins. Pendant un stage dans une école, j’ai commencé par créer des t-shirts bac et t-shirts diplômes et aussi avec des t-shirts à designs personnels à offrir. Pour avoir plus de retour, j’ai ensuite créé ma page Facebook. Avec la demande et l’inspiration croissantes, j’ai finalement choisi Spreadshirt car c’était vraiment simple d’ouvrir sa propre plateforme sous forme de boutique en ligne. C’est ainsi qu’est né « Colt ».
Après trois années de « ColtClothing », une entreprise de motocross m’a contacté. Ils avaient vu mes designs et étaient à la recherche d’un graphiste. Et me voilà maintenant embauché, pouvant laisser libre cours à mon esprit créatif au sein d’une entreprise qui a beaucoup d’estime pour mon travail (cela me rappelle mes cartons de dessins refusés par les écoles d’art…). Je n’aurais jamais imaginé qu’il m’arriverait une chose pareille. C’est pour ça que j’aimerais dire à tous ceux qui mettent du cœur à l’ouvrage : croyez en vous ! Il y aura toujours quelqu’un qui estimera ce que vous faites. Il ne reste qu’une chose à faire : se mettre à l’ouvrage !
Est-ce que le nom « ColtClothing » a une signification particulière ? « Colt », parce que tes idées ont le même effet qu’une balle de pistolet ?
Pas mal l’association d’idées ! Non, pas du tout. Quand j’étais enfant, j’avais un pull avec un cheval au galop que je trouvais très cool. J’aimais aussi l’idée d’un poulain un peu empoté, parce que je m’imaginais que mon art lui ressemblait. Peut-être allait-il devenir un cheval grand et costaud. Ah oui, et puis colt veut aussi dire poulain en anglais.
En faisant le tour de tes designs, nous sommes tombés sur « düstere Spelunken in der Hafengegend », qui signifie : lugubre boui-boui près du port. As-tu déjà fréquenté ce genre de lieux glauques ?
Ça m’est arrivé, mais par hasard. Dans certaines villes ou quartiers, ce genre de lieux glauques a un certain charme à mes yeuxi. J’y trouve de la beauté qui est simplement différente, plus honnête et pas du tout envahissante. Elle souhaite seulement être découverte. J’aime bien sûr aussi les lieux dont la beauté est flagrante.
Nous aimons beaucoup le mélange d’art urbain avec une touche d’humour dans tes designs, comme dans Hellraiser Bobbycar. Est-ce qu’on peut retrouver dans tes designs des événements personnels, souvenirs ou personnes réelles ?
Oui, carrément. Je prends beaucoup d’éléments de mon entourage. Le gars sur la voiture pour enfant par exemple, c’est un de mes amis qui avait publié sur Facebook une photo avec cette position. J’ai beaucoup de contrats avec la plupart du temps des hommes que je dois dessiner sur une thématique particulière. Des photos flous envoyées, j’en fais ensuite des designs imprimables. C’est comme un tatouage mais à enfiler ou retirer. Certains sujets m’ont aussi inspiré pour quelques motifs.
Tu as créé un excellent design sur Karlsruhe et Berlin. As-tu prévu de créer d’autres designs de villes ?
Derrière tout ça, il n’y a pas de plan. C’est plutôt un hommage. Karlsruhe et Berlin évoque l’amitié entre les villes qui a surtout été fondée par le foot. Je vis à Karlsruhe et Berlin me manque jusqu’à une nouvelle visite dans la capitale. J’aime énormément ces deux villes. Karlsruhe est très propre et empreinte de conservatisme. Et quand j’ai besoin de me remettre les idées en place, je vais à Berlin.
Quel design correspond le mieux à ta personnalité ? Ou peux-tu nous faire une petite esquisse de toi ?
Le cheval colt me représente le mieux. Mais bien évidemment, il y a une part de moi dans chacun de mes designs. Je veux bien vous gribouiller quelque chose. Un moment…
Merci Georg pour cette interview et ce dessin. Nous te souhaitons une très bonne continuation avec ColtClothing, ton travail et tous tes projets !







